Avant de sortir la scie ou la rabot, tout bon shaper commence par un dessin. Le dessin de planche de surf, c’est à la fois un acte technique et créatif : on trace des courbes qui doivent fonctionner dans l’eau, pas seulement être belles sur papier. Et contrairement à ce qu’on croit, ça ne nécessite ni logiciel complexe ni formation en design industriel.
Que vous vouliez esquisser votre première planche pour la faire shaper sur mesure, ou simplement explorer les formes pour le plaisir du dessin, les bases restent les mêmes. Voici comment s’y prendre sérieusement.
Comprendre les éléments d’une planche avant de dessiner
L’anatomie d’une planche en quelques lignes
Impossible de dessiner ce qu’on ne comprend pas. Une planche de surf se compose de plusieurs zones distinctes, chacune influençant le comportement sur la vague :
- Le nose : la pointe avant, pointue (shortboard) ou arrondie (fish, longboard)
- Le tail : la queue, en squash, swallow, pin ou round — chaque forme change la réponse aux manœuvres
- Les rails : les bords latéraux, plus ou moins épais selon le volume voulu
- Le rocker : la courbure longitudinale, visible de profil
- Les concaves : les creux sous la planche, quasi invisibles au dessin mais décisifs en surf
Sur un dessin vu de dessus (la vue la plus courante), on trace ce qu’on appelle l’outline — le contour général. C’est cette courbe qui donne le caractère de la planche.
Les mesures de référence à connaître
Un shortboard standard tourne autour de 6’0″ à 6’4″ pour un surfeur de 70 kg. Sur papier au 1/10e, ça donne environ 18 à 19 cm de longueur. Fixer une échelle avant de commencer évite de tout recommencer après trois traits.
Les largeurs clés à noter avant de poser le crayon :
- Largeur au wide point (point le plus large) : 18 à 20 pouces selon le type
- Largeur à 12 pouces du nose
- Largeur à 12 pouces du tail
Ces trois mesures suffisent à définir l’outline. Le reste, c’est de la courbe libre.
Matériel et méthodes pour tracer l’outline
Le dessin à la main : la méthode du shaper
Les shapers traditionnels utilisent un outil appelé batten — une fine lame de bois ou de plastique flexible qu’on plaque contre des repères pour tracer une courbe souple. Sur papier, on peut reproduire la technique avec une règle souple de couture ou une baguette en plastique fine.
Méthode concrète en quatre temps :
- Tracer l’axe central (ligne médiane) sur toute la longueur de la feuille
- Placer des points de repère à intervalles réguliers (tous les 12 pouces ou 30 cm), en notant la demi-largeur de chaque côté
- Glisser la règle souple en passant par tous les points et tracer la courbe d’un seul trait continu
- Faire la même chose de l’autre côté — la courbe doit être parfaitement symétrique
Un papier millimétré A3 facilite vraiment le travail. Pas besoin d’acheter du matériel créatif hors de prix : une règle flexible de 60 cm et un bon crayon HB suffisent pour commencer.
Le dessin digital : Aku Shaper et alternatives
Des logiciels spécialisés existent pour les shapers qui veulent passer au numérique. Aku Shaper (australien) est le plus utilisé dans l’industrie : il permet de modéliser l’outline, le rocker, les rails et d’exporter les gabarits en grandeur réelle. Comptez environ 300 € à 500 € pour une licence complète.
Pour le dessin simple sans modélisation 3D, des outils de dessin vectoriel comme Inkscape (gratuit) ou Adobe Illustrator fonctionnent très bien — on trace des courbes de Bézier avec une précision que le crayon ne peut pas toujours atteindre. Certains créateurs partagent même des vidéos de leur process sur YouTube, ce qui permet d’apprendre rapidement les raccourcis utiles.
Dessiner les vues secondaires : profil et sections
La vue de profil pour le rocker
L’outline vu de dessus ne représente qu’une dimension. La vue de profil montre le rocker — cette cambrure qui va du tail au nose. Un rocker prononcé favorise les manœuvres radicales ; un rocker plat maximise la vitesse en ligne droite.
Pour le dessiner, on pose la planche de profil sur un sol plat et on regarde l’espace sous la planche. Sur papier, on trace une ligne droite (le sol), puis on place la courbe de la planche au-dessus. Le entry rocker (avant) et le tail rocker (arrière) se mesurent séparément : souvent autour de 4 à 5 cm à l’avant et 6 à 8 cm à l’arrière pour un shortboard moderne.
Les sections transversales et les rails
La section transversale, c’est la coupe de la planche vue de face — comme si on la sciait en tranches. Elle révèle l’épaisseur, la forme des rails et les éventuels concaves. Ce dessin est le plus difficile à maîtriser car il combine plusieurs variables.
Les rails peuvent être :
- Durs (hard rails) : arête marquée, favorise le grip et les rotations rapides
- Mous (soft rails) : courbe continue, plus pardonnant pour les surfeurs intermédiaires
- 50/50 : rail symétrique, courant sur les longboards et les designs classiques
Dessiner ces sections à main levée suffit pour communiquer avec un shaper. Pas besoin que ce soit parfait — l’idée doit passer, c’est tout.
Ajouter le graphisme et la décoration
Du croquis technique au design visuel
Une fois l’outline tracé, beaucoup de surfeurs veulent aller plus loin et imaginer le graphisme de leur future planche. C’est là que le dessin de planche de surf devient vraiment créatif. On peut travailler directement sur le croquis d’outline : ajouter des aplats de couleur, des motifs géométriques, des dégradés ou des illustrations.
Les marqueurs Posca sur papier noir donnent un rendu très propre et populaire dans la culture surf. Pour un look plus brut, crayon de couleur sur fond kraft. Les vidéos de glasseurs ou d’artistes surf sur Instagram montrent des finitions absolument bluffantes — certaines planches deviennent de vraies pièces d’art avant même de toucher l’eau.
Travailler en équipe ou en atelier
Le dessin de planche de surf se prête bien aux ateliers collectifs. Des équipes d’amis peuvent chacun esquisser leur version idéale d’une même planche, comparer les outlines et débattre des choix de shape — c’est une façon engageante d’apprendre à lire les formes. Certains surf camps proposent ce type d’atelier en début de semaine pour que les participants comprennent mieux leur matériel.
Si vous voulez partager votre travail ou trouver de l’inspiration, des communautés comme Swaylocks (forum de shapers en ligne) regorgent de dessins techniques annotés. Des vidéos de shaping documentent aussi très bien le passage du dessin papier au blank en polyuréthane — voir ce lien entre le trait et la forme finale, c’est ce qui rend la démarche vraiment satisfaisante.